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Evelyne Huet
Née en 1955, Evelyne Huet est mathématicienne de formation.
Elle a également étudié l’anthropologie.

Fortement imprégnée des cultures et des arts des sociétés dites primitives mais aussi des œuvres de Bernard Buffet, Jean-Michel Basquiat et Marlene Dumas, notamment, sa peinture parle des femmes et des violences qui leur sont faites un peu partout dans le monde. Beaucoup des femmes qu’elle peint sont africaines parce que le lien qui l’unit à l’Afrique est très fort et très ancien, au point d’être presque inscrit dans ses gènes.
Ses toiles ne montrent pas les violences, et pas non plus leurs auteurs. Elles ne parlent que du courage et de la dignité de toutes ces femmes, et de la résistance qu’elles opposent par la pensée et le regard avec toute la force de leur intelligence et de leur mépris. Et sa peinture s’attache à simplifier à l’extrême la représentation pour montrer l’essentiel.
Les femmes qu’elle peint ne sont jamais résignées. Beaucoup sont même en résistance active.

Evelyne Huet vit et travaille à Paris.
Elle est sociétaire de la Fondation Taylor et membre du réseau Art.Aquitaine.Elle est également membre du groupe d’artistes internationaux OpenArtCode.


Les violences faites aux femmes sont au centre de ma peinture, comme elles sont depuis toujours au centre de mes préoccupations .  Et ces violences semblent être sans limites un peu partout dans le monde, sans considération de frontières géographiques…
Quelles sont-elles, entre autres… ?
  • Un manque de près de 100 millions de femmes en Asie, parce que non nées ou parce que mortes en raison de la culture et des croyances qui font des filles des êtres inférieurs et des garçons les seuls gardiens du culte des ancêtres. 100 millions de femmes qui manquent, en raison de l’avortement sélectif, des infanticides de bébés filles, du manque de soins apportés aux filles et de leur surmortalité infantile. Avec entre autres conséquences de ce déséquilibre l’achat des femmes et le trafic des épouses,

  • La programmation délibérée des viols comme arme de guerre, avec en corollaire les grossesses non désirées et le crime contre la filiation (il s’agit de faire un enfant à la femme de l’ennemi), ainsi que la transmission du sida comme agent d’extermination continue,

  • Le  viol  « ordinaire »  partout dans le monde  (en France, une femme est violée toutes les 2 heures),

  • Les crimes d’honneur (femmes battues à mort, brûlées, vitriolées, mutilées) qui subsistent très largement malgré les avancées des codes pénaux, et qui pourraient même encore se multiplier (y compris en Europe) avec la montée en puissance des forces islamistes,

  • La multiplication en Amérique latine des enlèvements de femmes et de leurs assassinats après des violences sexuelles extrêmes,

  • La lapidation des femmes en Iran qui, parce qu’elle reste effectivement monstrueusement pratiquée, opère comme un moyen de contrôle terrible sur la vie amoureuse des femmes,

  • L’excision et l’infibulation (toujours très largement pratiquées sur le continent africain), l’exigence de virginité, toutes issues de la répression de la sexualité féminine due à  la peur qu’elle inspire tant on la croit débridée,

  • La non-scolarisation de 85 millions de filles dans le monde (soit presque 2 fois plus que de garçons), et la mise au travail de toutes ces petites filles qui ne vont pas à l’école avec  un risque extrêmement élevé d’exploitation sexuelle,

  • La forte expansion du commerce des femmes dans le monde, avec un discours qui parle de « travailleuses du sexe » et qui accepte donc que le sexe des femmes soit un produit marchand,

  • L’esclavage moderne et domestique qui vend chaque année dans le monde 4 millions de femmes et de fillettes à leurs époux ou à des marchands d’esclaves,

  • Et partout dans le monde les violences conjugales, qui font vivre des dizaines de millions de femmes dans la terreur et qui finissent même assez souvent par les tuer sous le nom de « crimes passionnels », après une escalade de reproches, d’insultes, d’humiliations, de cris , de menaces, de brutalités physiques et sexuelles. (A travers le monde, le pourcentage de femmes qui subissent ces violences conjugales varie de 10% (en Europe) à plus de 50%.)
Ma peinture ne montre pas ces violences, et pas non plus leurs auteurs.
Elle ne parle que du courage inouï et de la dignité de toutes ces femmes face à ces violences, et de la résistance qu’elles leur opposent par la pensée et le regard avec toute la force de leur intelligence et de leur mépris.
Les femmes que je peins ne sont jamais résignées. Beaucoup sont même en résistance active.

Evelyne Huet
Tous les continents sont noirs. Noirs de silence, de souffrance, de soleil, d’amours défaits, de beauté sourde, de corps fracturés . C’est la peinture d'Evelyne Huet qui le dit.
 
Le réel n’est pas facile, ce qui ne nuit pas à sa beauté . Les corps sont des masques. L’inverse est vrai aussi. Nous sommes les frères, les soeurs de ceux-là qui se sont arrêtés devant les pinceaux, les hommes, les femmes plus souvent encore, pleurant sur leur silence . C’est ce qu’elle montre.
 
Simplifions : pas d’objet, pas de paysage, pas d’abstraction simple. Des visages, des visages  encore, qui frontalement nous dévisagent. Une nature vivante , l’être de l’être . En ce sens, c’est une peinture ontologique, lévinassienne  que la sienne, de sauvagerie glorieuse, mais articulée, réfléchissante.
 
Toutes les peintures sont peintes. Mais nous avons encore besoin de peintures , sur nos corps par exemple, nous protégeant, nous expliquant ce qui est, le trafic du temps, la peau douce, le choc des natures, les dieux lointains , le contemporain. Il nous faut des totems, des médiations colorées pour essayer d’être. C’est ce qu'elle fait.
 
La peinture n’est rien si. Si elle ne nous oblige pas au monde, à sa puissance pratique, à son affrontement nu, dont nous sortons évidemment vaincus, morts, mais ayant vécu, un peu. C’est ainsi. C’est Evelyne Huet qui l’affirme.
 
Marc Nectoux
Article paru en juillet 2011 dans la revue d'art espagnole Llei d'Art (Llei d'Art n°6 - 2011)
 
Homogeometrica-simplis
Cette artiste française nous présente une collection d'oeuvres expressionnistes avec des connotations ethniques et un chromatisme très audacieux. Elle nous montre en grand format des visages idylliques extraits des profondeurs de l'inconscient, aux morphismes simplifiés. La composition est formelle mais la couleur est un concert de complémentarités entre une saturation élevée et des textures douces qui lui confèrent un certain mystère. Elle paraît vouloir mettre en évidence un discours sui generis de pensées s'enchevêtrant qu'on aimerait entendre car certainement d'un grand intérêt. De longs mouvements ponctués de touches qui semblent transmettre un sentiment de sécurité, une tentative de perfection, de méticulosité, et une envie de faire plaisir. Dans son ensemble, son oeuvre est inquiétante, pleine de dualité, entre la bonté et la perversité. Elle peut provoquer une certaine réflexion et même une discussion intérieure chez le spectateur. C'est une intéressante combinaison que nous voyons là dans l'oeuvre d'Evelyne.

(Traduit par Élodie Kergresse)


Article paru le 26 janvier 2012 dans la revue web egalite-infos.fr

egalite-infos.fr

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