Tous les continents sont noirs. Noirs de silence, de souffrance, de soleil, d’amours défaits, de beauté sourde, de corps fracturés . C’est la peinture d'Evelyne Huet qui le dit.
Le réel n’est pas facile, ce qui ne nuit pas à sa beauté . Les corps sont des masques. L’inverse est vrai aussi. Nous sommes les frères, les soeurs de ceux-là qui se sont arrêtés devant les pinceaux, les hommes, les femmes plus souvent encore, pleurant sur leur silence . C’est ce qu’elle montre.
Simplifions : pas d’objet, pas de paysage, pas d’abstraction simple. Des visages, des visages encore, qui frontalement nous dévisagent. Une nature vivante , l’être de l’être . En ce sens, c’est une peinture ontologique, lévinassienne que la sienne, de sauvagerie glorieuse, mais articulée, réfléchissante.
Toutes les peintures sont peintes. Mais nous avons encore besoin de peintures , sur nos corps par exemple, nous protégeant, nous expliquant ce qui est, le trafic du temps, la peau douce, le choc des natures, les dieux lointains , le contemporain. Il nous faut des totems, des médiations colorées pour essayer d’être. C’est ce qu'elle fait.
La peinture n’est rien si. Si elle ne nous oblige pas au monde, à sa puissance pratique, à son affrontement nu, dont nous sortons évidemment vaincus, morts, mais ayant vécu, un peu. C’est ainsi. C’est Evelyne Huet qui l’affirme.
Marc Nectoux